[+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
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Loes de Walleron
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[+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Ven 10 Mar - 12:29
Le sentiment de majesté, ce mélange heureux de respect et de crainte que pouvaient inspirer de puissants personnages et leur manière de mettre ce pouvoir en scène, m'avait toujours fasciné. Même si beaucoup des miens se défendraient mordicus d'être majestueux, j'avais découvert cette émotion dans les Maîtres Jedi, ces figures d'autorité qui, à mes yeux d'enfants, conciliaient parfaitement pouvoir, sagesse et sévérité.

Et puis, il y avait environ vingt ans, Roan Fel nous avait reçu en audience, nous les émissaires Jedi. Trônant sur Bastion fraîchement libérée du joug des Sith, l'empereur ressurgi avait accepté les alliances que tous étaient venus lui proposer avec l'air d'un prince magnanime accordant ses faveurs. Sans que je m'en sois rendue compte immédiatement, j'avais assisté à la démonstration de pouvoir la plus absolue de ma vie. Roan Fel donnait l'impression d'un monarque naturel dont tous dans la galaxie, même ses rivaux, recherchaient le respect, la reconnaissance, voire la faveur. Même si cet état de grâce s'était avéré son chant du cygne, il m'avait marqué durablement. Lorsque, pour la première fois, j'avais vu Marasiah Fel sur le trône impérial, quelques mois plus tard alors que j'accompagnais Maître K'Kruhk dans une mission fondatrice du Triumvirat, le souvenir que j'avais de son père lui avait donné une stature quasiment divine.

Les Fel, en plus d'être des monarques dont plus personne ne remettait la légitimité en doute, à l'autorité bien établie, était une lignée puissante dans la Force que les tout aussi doués Chevaliers Impériaux entouraient en permanence. Dans les battements de la Force, un Fel irradiait, pour peu qu'il fut formé avec l'excellence habituelle. Roan Fel flamboyait comme le fanal de toute la galaxie, et Marasiah Fel avait conduit son Empire avec bien plus de brio politique de son père, moins d'héroïsme mais tout autant de capacité à incarner l'esprit impérial. Malgré son ambition frustrée par une période de paix, l'Impératrice avait su déjouer bien des pronostics politiques en sachant agrandir significativement le territoire impérial sans tirer l'épée. Bien que le dire ouvertement m'aurait fait perdre des amis, je trouvais que l'annexion massive de mondes du Noyau avec le simple recours à l'aura politique de l'Empire et, pour les plus récalcitrants, à l'intimidation, tenait proprement du coup de génie diplomatique.

Les mondes les plus urbanisés du Noyau n'avaient jamais été réputés pour leur loyauté. Cosmopolites et faisant tourner leurs activités quasi-exclusivement autour du commerce, ils avaient toutes les raisons valables de ne pas s'attacher trop farouchement à un régime, ni même à une idée. Refuser de se rallier aurait valu à Coruscant un long blocus qui aurait ruiné beaucoup de mondes. Je comprenais que Plo en veuille beaucoup à ceux qu'il voyait de sa
forma mentis comme des déserteurs, des lâches, des traîtres, mais l'Empire avait bien mieux saisi les enjeux de l'instant, c'était un fait. Lucides, l'Impératrice et le prince consort Antarès Draco avaient mené une campagne sans accroc… du moins jusqu'à ce qu'une Sith les assassine tous les deux.

L'événement, qui s'était produit il y avait quelques mois à peine, menaçait encore de bouleverser l'ordre des choses. L'Impératrice, au faîte de sa gloire et de sa puissance, s'était imposée comme le grand défenseur de la galaxie contre les Sith, et une Sith l'avait balayée, elle, son époux et leur proche ami, conseiller et garde du corps. Ils n'avaient laissé derrière eux que l'héritière du trône, certes majeure mais encore bien jeune, Jaana Fel. Ceindre la couronne autour d'un front sans la moindre ride suscitait souvent de nombreuses convoitises, d'autant que l'Impératrice Jaana n'était ni mariée, ni même promise à qui que ce fût. Le Conseil des Moffs se tenait tranquille pour l'instant, observant l'union sacrée de la Nation face au danger Sith, mais il allait de soi que ce vivier de politiciens rusés et ambitieux allait rapidement chercher à tirer avantage de la situation pour accroître son pouvoir face à la prérogative monarchique.

C'était l'une des raisons pour lesquelles j'attendais, avec Terum, que l'on m'introduisît dans la salle d'audience impériale, sur Bastion. Ce changement de dirigeants à la tête des grandes puissances galactiques pouvaient jouer en la faveur d'un rapprochement de tous contre les Sith. Même si le ressentiment de Plo était trop grand pour qu'une véritable paix soit conclue pour l'instant, une trêve n'avait rien d'inenvisageable. Toutefois, je ne venais rien proposer de tel à Jaana Fel. Les relations entre l'Alliance et l'Empire les regardait, et même si je ne reculais pas devant la possibilité de les orienter à ma mesure dans le sens de la paix, ou bien d'encourager les bons élans et de désapprouver les mauvais, je n'étais pas une diplomate alliée, ni impériale d'ailleurs. Je cherchais avant tout l'intérêt de l'Ordre Jedi, la restauration de son influence intergalactique et de son autorité. Impossible de ne pas proposer les conseils et les amitiés de l'Ordre à la nouvelle Impératrice. Je l'avais déjà vue lors d'une apparition publique dans les premières années du Triumvirat, vers 142 ou 143, alors que je venais tout juste d'être nommée Maîtresse Jedi, mais elle était probablement trop petite pour se souvenir de moi. Ses parents lui auraient peut-être parlé de moi, car nous avions plusieurs fois participé aux mêmes événements, mais cette réunion n'en aurait pas moins un goût de premier contact, avec toutes les précautions qu'une telle perspective impliquait.

Je n'avais eu aucun mal à obtenir une audience. L'Ordre Jedi disposait encore du respect de beaucoup, et Terum Dao, mon ancien apprenti et ami qui avait rejoint les Chevaliers Impériaux avec ma bénédiction, désormais l'un des protecteurs de l'Impératrice en raison de ses talents de Maître Jedi, avait aidé à m'obtenir une réception rapide. De même, Vilad Mandac, désormais Maître des Chevaliers, mon compagnon et amant de jeunesse, avait conseillé à l'Impératrice de me recevoir promptement. Enfin, le nom De Walleron ouvrait tout de même des portes : même si Taanab n'était pas une grande planète militaire, ses productions agricoles nourrissaient de nombreux mondes de la Bordure Extérieure impériale, et le fait que je fusse une très proche conseillère de mon père le Moff n'était un secret pour personne. Sans avoir aucune véritable charge en dehors de l'Ordre, je disposais tout de même d'un pouvoir politique important et d'un réseau diplomatique à peu d'autres pareils, suffisamment considérables pour que le trône impérial ne puisse se permettre de les négliger.

J'étais venue accompagnée de deux autres Jedi : Maître Jan Frem, notre résident permanent sur Bastion, et la Chevalière Nuta Kav, une Consulaire neimoidienne qui avait effectué de nombreuses missions dans l'espace impérial. Enfin, bien qu'il fût désormais au service inconditionnel de l'Empire, Terum demeurait un Jedi dans ses attitudes et ses amitiés, malgré l'armure écarlate. Hormis l'Impératrice Jaana qu'il avait juré de conseiller et de défendre au prix de sa vie, j'étais sans doute la personne qu'il admirait le plus dans la galaxie. Je pouvais le compter comme un soutien. D'ailleurs, il m'informait depuis quelques minutes de quelques détails qui pourraient m'être utiles face à l'Impératrice.


- Prudence, Loes. Sa Majesté a un tempérament de feu et le fait que beaucoup se permettent en coulisse de penser pouvoir prendre un certain ascendant sur elle n'arrange pas les choses. Elle ne te pardonnera pas si tu laisse poindre la moindre condescendance. C'est une question de légitimité. Elle a conscience qu'elle doit encore faire preuve de son autorité, alors sois prudente et suggestive.
- Ne crains rien, je sais encore me comporter convenablement devant une Majesté impériale, et j'ai suffisamment d'expérience dans ce métier pour savoir que les jeunes gens ne sont pas à sous-estimer parce qu'ils sont jeunes, d'autant moins quand ils sont sur un trône.
- J'ai confiance en toi, bien sûr. Je veux juste que tu fasses particulièrement attention à la manière dont tu dis les choses.
- Je garde tes conseils en tête, Terum.

C'est le moment que choisit un héraut pour venir nous chercher.

- Chevalier Dao, Maîtres Jedi, Sa Majesté Impériale va vous recevoir.

Nous nous levâmes tous de nos sièges, et j'aplatis rapidement les quelques plis qu'avaient pris mes robes blanches. Mon chignon vérifié, j'emboîtai le chemin du héraut, précédée par Terum et suivie par les autres. En quelques dizaines de secondes, nous arrivâmes devant une arche magnifique donnant directement sur la salle du trône. Les côtés en étaient bondés, remplis de courtisans contenus par des guerriers en armure rouge. Tout en haut d'une petite pyramide, devant un étendard géant portant le soleil à six branches, trônait une jeune femme aux cheveux cendrés, encadrée par quatre autres armures pourpres, dont Vilad faisait partie. Je sentis avec force la puissance de l'Impératrice. Son pouvoir, en représentation évidente, mais aussi sa présence dans la Force, pas encore vraiment domptée mais déjà fort digne d'une Fel.

Le héraut fit signe à Terum de s'avancer, et celui-ci s'exécuta, passant sous l'arche et, parvenu dans l'allée menant au trône, s'agenouilla, la tête vers le sol, avant de nous annoncer d'une voix forte.


- Votre Majesté, j'ai l'honneur immense d'amener devant vous Loes de Walleron, Maîtresse de l'Ordre Jedi, Maître Jan Frem et la Chevalière Jedi Nuta Kav.

Le héraut nous fit signe de nous avancer, alors que Terum se relevait. Je pris la tête de notre trio, passant sous l'arche la première. Mon coeur battait fort à l'idée de rencontrer cette nouvelle tête couronnée, mais il ne convenait pas de laisser paraître cette excitation. C'est donc sans même un sourire que je m'arrêtai après avoir légèrement dépassé Terum et fit une profonde révérence. En tant que Maîtresse de l'Ordre et non sujette d'Empire, je n'avais pas à me prosterner. Bien que je n'eus pas, dans l'étiquette impériale, un rang égal à l'Impératrice, j'étais tout de même considérée comme une cheffe d'État étranger. M'incliner aussi profondément que je le fis était déjà un signe d'humilité de ma part.

- Votre Majesté.

C'était au monarque de parler le premier, il en allait toujours ainsi. Tout dans le protocole impérial devait mettre en évidence l'autorité du trône, et contrevenir à cela constituait une provocation pure et simple, ce que je ne souhaitais absolument pas. Du reste, il ne faisait pas l'ombre d'un doute, alors que mon regard se portait sur Jaana Fel, qu'elle avait déjà fait sien le siège de ses ancêtres. Il était difficile de ne pas éprouver un respect immédiat.

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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Jeu 16 Mar - 15:41

Loes de Walleron, Maîtresse de l'Ordre Jedi …

Si le Palais Impérial avait reçu bien des demandes d'émissaires de planètes, de régimes ou de groupes aussi divers que variés afin de pouvoir rencontrer la toute nouvelle Impératrice Jaana Fel, cette dernière n'avait évidemment pas encore eu le temps de recevoir tout le monde, mais elle s'employait pourtant à multiplier les rendez-vous officiels. Pour construire des alliances, veiller aux allégeances ou simplement offrir de l'attention à tous sans insulter quiconque de par un silence qui aurait été bien malvenu. Mais malgré toute cette bonne volonté, la jeune femme ne pouvait contenter tout le monde en un claquement de doigt, aussi ces rencontres au sommet s'étalaient-elles depuis son couronnement, chacun attendant bonnant mallant son tour tandis que certains n'hésitaient déjà pas à promettre ou menacer afin d'obtenir une meilleure position dans la file d'attente. Et si Jaana elle-même avait choisi de dédaigner ces pratiques pour mieux être irréprochable, son emploi du temps d'aujourd'hui avait toutefois connu un aménagement répondant au nom de cette femme. De cette maîtresse Jedi. De cette fine diplomate qui – sans en avoir l'air – avait tissé autour d'elle un vaste réseau de connaissances et d'amis aussi puissants que bien placés. Le genre de personne qu'il convenait donc de ne pas faire attendre, et lorsque Vilad Mandac avait porté la demande de la Jedi à sa connaissance, Jaana avait aussitôt ordonné que l'on aménageât ses rendez-vous afin qu'elle pût lui accorder plusieurs heures et ce sans délai.

L'héritière de la lignée des Fel n'appréciait certes pas les jeux de cour où chacun bousculait l'autre afin de gagner ses bonnes grâces mais néanmoins, il y avait certains interlocuteurs qu'elle ne pouvait décemment pas faire attendre !

Et pourtant en ce début d'après-midi, tandis que la jeune Monarque achevait de se préparer en revêtant son armure de cérémonie, ses pensées étaient vagabondes. Errant entre tout ce qu'elle devrait dire à son interlocutrice tandis qu'il lui faudrait veiller également à bien des aspects. À bien des attentes qui pourraient naître des deux côtés. Mais après tout, Empire Galactique comme Ordre Jedi représentaient tous deux des forces qui détenaient suffisamment de puissance pour changer bien des choses au sein de la Galaxie, et ce même si leurs visions des événements étaient des plus différentes. Le premier voulait instaurer la Paix là où le second n'aspirait qu'au respect de sa Neutralité. La cadette était déjà prête à la guerre là où son aînée lui conseillerait très certainement de l'éviter à tout prix … voire de nouer ou de renouer de nouveaux jeux d'alliances. Difficile en effet d'ignorer que Loes de Walleron entretenait des liens forts avec certaines personnalités de l'Alliance Rebelle – son Commandeur Suprême Plo Tan'ith en tête – et Jaana ne pouvait donc que se demander si ce sujet arriverait ou pas sur le tapis. Si la Jedi quémanderait une entrevue officielle pour son ami dissident ou si elle laisserait les deux régimes se débrouiller entre eux …

Difficile de le deviner et inutile de s'interroger de toutes façons, et ce même si Jaana ne cessait de cogiter depuis de longues heures déjà. Pour mieux préparer cette rencontre, elle avait d'ailleurs décrété une réunion avec ses plus hauts Conseillers Civils et Militaires le matin même afin de recueillir leurs avis et leurs informations, et elle ne pouvait guère en faire davantage. Elle était tout bonnement prête, et ce fut donc d'un pas leste qu'elle rejoignit la salle du trône encadrée de quatre de ses Chevaliers Impériaux. Vilad Mandac en faisait d'ailleurs partie – comme c'était assez régulièrement le cas – et l'Impératrice avait choisi de ne pas l'écarter de ce quatuor pour la simple raison qu'il connaissait et était proche de Loes de Walleron. Parce que le faire aurait pu être interprété comme un manque de confiance voire comme une insulte, et il s'agissait bien évidemment d'une situation qu'elle se devait d'éviter.

Et quelques minutes après avoir pris place sur le trône, le héraut fut chargé d'aller chercher ses invités, et Jaana put bientôt découvrir les trois Jedi escortés par Terum Dao lui-même. Le Chevalier annonçant ainsi ses anciens collègues avant que la Maîtresse de l'Ordre ne s'inclinât devant elle. Une révérence à laquelle elle n'était d'ailleurs pas tenue si l'on respectait strictement le protocole, et la jeune Monarque choisit aussitôt d'y percevoir là un signe de respect à son égard. Mais aussi d'ouverture afin que cette réception se déroulât le mieux du monde. Et autant dire que même si le visage de la jeune femme conserva sa neutralité, elle y fut toutefois très sensible tandis qu'elle inclina respectueusement la tête.

« Maîtresse de Walleron, c'est un honneur de vous recevoir en ces lieux. Maître Frem, Chevalière Kav, soyez également les bienvenus. Chevalier Dao, nous vous remercions d'avoir servi d'intermédiaire entre nous. »

Une entrée en matière que Jaana avait voulu aussi solennelle que sobre – lancée d'une voix affirmée malgré son jeune âge – parce que même si elle tenait à respecter le protocole à la lettre, elle désirait tout de même se cantonner à davantage de sobriété et de simplicité que sa mère ou son grand-père. Pas par réel goût mais simplement parce qu'au contraire de ses aînés, elle n'avait pas encore fait ses preuves, et qu'il s'agissait là d'un élément qu'elle ne désirait pas oublier.

« Maîtresse de Walleron, sachez que l'Empire tout entier est profondément peiné des attentats qui ont frappés Taanab tout récemment. Puissiez-vous – Monsieur Votre Père et vous-même – en découvrir les instigateurs au plus tôt afin que la population puisse recouvrer sa sécurité et sa sérénité. »

Lorsque la jeune femme avait demandé à ce que fussent réunies des informations sur son interlocutrice, elle n'avait en effet pas manqué de se souvenir que la famille de Walleron – Cornelis de Walleron pour être précise – était l'actuel Moff de Taanab, aussi convenait-il de transmettre sa sympathie à cette planète. Sympathie qui n'était d'ailleurs pas feinte parce que même si Jaana n'avait encore pris aucune décision – principalement parce que les attentats n'avaient pas été revendiqués et que nul ne savait encore qui les avait préparé – il n'en demeurait pas moins que ce genre d'attaques lâches et meurtrières ne lui plaisaient pas.

« Quoi qu'il en soit, la présence de l'Ordre Jedi au sein du Palais Impérial de Bastion est indéniablement un signe fort pour tous les agitateurs qui se terrent dans l'ombre, puissions-nous trouver un accord qui nous permettra de détruire à tout jamais ces menaces. »

Le tout affirmé d'une voix toujours aussi ferme, mais le ton n'était toutefois ni agressif ni accusatoire. De ces paroles qui pouvaient receler bien des sous-entendus – souhaités ou pas, ça il n'y avait que Jaana pour le savoir – comme n'être qu'une simple main tendue en direction de la Paix.
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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Lun 20 Mar - 1:19
L'Impératrice tenait fort bien le trône, mais ne manquait pas d'une affabilité toute à son honneur. Elle sembla sensible à ma marque de respect. Nul doute qu'une si jeune femme investie d'une si lourde charge ne pouvait que bien prendre les révérences de grands personnages. Le hochement de tête dont elle me gratifia était plein d'un respect qui me fit plaisir. L'estime d'un monarque Fel, en plus d'ouvrir un très grand nombre de portes, flattait considérablement l'ego. Ses mots de bienvenue furent simples, avec même un soupçon d'humilité rafraîchissante dont feue sa mère ne s'embarrassait plus depuis des années. Sa sollicitude, même si elle relevait peut-être plus des convenances que de la véritable compassion, avait l'immense mérite d'être exprimée en public, et de ce fait elle me toucha.

Des attentats avaient en effet récemment frappé ma planète natale. À plusieurs endroits simultanés, des tueurs avaient fauché plusieurs dizaines de personnes sans raison apparente, sans qu'on sache vraiment qui avait fait ça et pourquoi. Or, le régime de protectorat que mon père Cornelis avait négocié avec Marasiah Fel pour pouvoir regagner la souveraineté du commerce agricole stipulait que l'Empire n'envoyait son armée défendre la planète que si l'ennemi l'attaquait. Tant que les attentats n'étaient pas revendiqués ou qu'on ne trouvait pas de preuves qu'il s'agissait bel et bien d'un acte de guerre ennemi – hypothèse la plus probable étant donné qu'il n'existait pas d'opposition politique révolutionnaire sur Taanab – l'Empire n'interviendrait probablement pas. J'avais proposé mon aide à mon père à ce sujet, mais il m'avait dit qu'il souhaitait mener une enquête classique avant de recourir à mes services. J'avais accepté, mais je n'attendrais pas indéfiniment son aval avant d'agir. Après tout, s'il s'agissait des Sith, je voudrais savoir pourquoi ils avaient agi ainsi. Des attentats suicides étaient un curieux modus operandi pour ce qui était devenu une puissance stratégique dominante. Le terrorisme était généralement l'apanage des régimes défendant une cause forte mais en situation de faiblesse stratégique... mais l'Alliance rebelle n'avait pas la moindre raison de s'en prendre à Taanab, l'une des planètes du domaine impérial les plus favorables. Certains soupçonneraient un coup des services secrets impériaux pour faire porter le chapeau aux rebelles, mais la machination me semblait bien tarabiscotée. L'Empire ne s'était pas encombré de ce genre de ronds de jambes pour s'emparer du Noyau.

Je laissai Jaana Fel finir ses paroles de bienvenue de manière nébuleuse. J'allais devoir lui faire adopter un discours moins fuyant. C'était tout l'enjeu de ce genre d'audiences publiques : il fallait faire dire des choses claires et favorables à l'autre. Obtenir des engagements favorables d'une jeune impératrice ne pourrait être que franchement profitable à l'Ordre Jedi : il était difficile de faire revenir une Fel sur sa décision, et d'autant plus lorsqu'elle devait prouver sa dignité, ce qui était probablement le cas. Jaana Fel pouvait tout à fait se permettre, d'un point de vue stratégique, de n'accorder qu'une piètre importance à l'Ordre Jedi, quoiqu'elle risquât peut-être de froisser le Consortium d'Hapès, mais ce serait une erreur politique majeure. Les Jedi étaient toujours très populaires auprès des populations de la galaxie, même les populations impériales. Si je ne commettais pas d'impair, les jalons de la relation que l'Ordre entretiendrait avec la nouvelle impératrice seraient bien posés.


- Permettez-moi de vous remercier pour votre accueil et pour la diligence avec laquelle vous nous avez reçus, Votre Majesté.

Ces remerciements étaient de mise, d'autant que l'Impératrice avait vraiment accepté très vite ma demande d'audience. C'était sans doute le fait de Terum et Vilad, mais sûrement pas uniquement. En tout cas, elle devait bien savoir que beaucoup interpréteraient cela comme un véritable intérêt de sa part pour ma personne, ou en tout cas une reconnaissance de l'Ordre Jedi au rang des États amis.

- Votre compassion me va droit au cœur, ainsi qu'à celui de tous les habitants de Taanab. Son Excellence mon père œuvre à démasquer les responsables de ces actes ignobles. Je voudrais moi aussi vous présenter toutes mes condoléances pour vos parents.

Comme tout le monde, j'avais éprouvé une surprise immense et un certain désarroi en apprenant le triple assassinat de Marasiah, Antarès Draco et Ganner Krieg par les Sith. Je n'avais jamais eu de sympathie pour aucun d'eux, même s'ils avaient tous mérité le respect voire l'admiration, mais je pouvais aisément m'imaginer ce que cette jeune femme avait pu éprouver en échappant elle-même à la mort, en perdant ses deux parents puis en héritant soudainement du trône, à un âge trop tardif pour être suppléée et trop précoce pour régner sans partage. J'avais vraiment de la compassion pour Jaana Fel, et je tentais de choisir des mots avec suffisamment de douceur pour lui dire sincèrement, suffisamment de solennité pour convenir à la situation et suffisamment de gravité pour ne pas la renvoyer à une image de gamine éplorée qu'elle ne pouvait pas se permettre en public – et peut-être pas même en privé.

- Sa Majesté votre mère était une femme exceptionnelle et un monarque avisé ; votre père, un homme brillant, courageux et digne de son épouse. Je ne doute pas qu'ils aient fondu en vous toutes les qualités qui vous peuvent rendre capable de régner comme ils le firent, si ce n'est avec plus d'éclat encore.

Même si je n'aimais pas particulièrement m'exprimer dans ce Basic de cour, qui mêlait la langue œcuménique et des formes grammaticales ampoulées empruntées au Haut Galactique, c'était un langage adapté à la cour impériale. Si nous avions été seule à seule avec l'Impératrice, je me serais sans doute permis plus de libertés de parole, mais il n'y avait pas pire chose à faire que de ne pas manifester la plus extrême déférence envers elle sous les yeux des grands de son Empire.

- Bien que le terme d'agitateurs soit un bien petit mot pour ceux qui oppriment désormais plus de la moitié de cette galaxie, et qu'ils ne s'embarrassent plus guère de demeurer dans aucune ombre hormis celle qui embaume leur cœur, c'est précisément l'urgence du péril Sith qui nous amène devant vous. Leur force a reparu, balayant les libertés, les peuples, les amitiés.

L'allusion à la destruction du Triumvirat était évidente pour tout le monde, mais j'eus l'élégance ne pas en imputer la culpabilité à l'Empire, ce que Plo ne se serait pas gêné de faire. À mes yeux, l'Empire n'avait pas réagi de la seule manière possible, mais bien de la seule qui fût tout à fait conforme à son intérêt et à son usage. L'Empire Galactique était fondé sur l'horizon d'une domination harmonieuse de tous les mondes : avoir souhaité l'intégrer dans un régime politique composite avait été une grave erreur, faite avec enthousiasme dans la liesse qui avait suivi la précédente défaite des Sith. La gueule de bois avait tardé à venir, mais elle était douloureuse.

- Mon Ordre ne compte pas rester à l'abri sur son rocher tandis que la galaxie saigne tout autour. L'Empire, sous le règne de Sa Majesté votre mère, a prouvé qu'il entendait défendre les mondes libres contre la lame de fond des Sith. Nous désirons nous associer à ces efforts et affirmer à nouveau notre amitié pour l'Empire, une amitié placée sous le signe de la coopération, et non plus sous celui de la rivalité qui a pu naguère nuire à tous.

Avec cette langue sinueuse de courtisan, je disais une vérité désagréable avec les allures de l'éloge. Loin de moi l'idée de tromper qui que ce fût, bien au contraire. Je voulais que le constat des erreurs passées fonde une entente future. Pour l'instant, le reproche était stérile, et si l'Ordre Jedi voulait regagner une position d'arbitre galactique, il fallait qu'il se garde de se mêler des petites querelles. Un arbitre ne donnait raison et tort qu'au moment du verdict, pas durant l'accusation, la défense ou les délibérations. Et il jugeait ce qui relevait de sa juridiction, pas au-delà. Force savait que la politique extérieure de l'Empire était bien loin de tomber sous le coup de l'autorité de l'Ordre Jedi. Pour le moment du moins.

- Au nom de l'Ordre Jedi, nous sommes venus offrir à Votre Majesté nos savoirs et notre conseil.

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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Mer 29 Mar - 14:26

Aux politesses succédaient les politesses, mais à l'instant même où elle était montée sur le trône, Jaana avait su que ses heures et ses jours seraient désormais dédiés tout entier à ce protocole figé qu'elle respectait même si elle ne l'appréciait pas particulièrement. Mais après tout, une formulation aussi soignée qu'ampoulée pouvait également receler de bien des sous-entendus, des menaces voire des insultes, et la jeune femme avait appris à les reconnaître. De même qu'elle n'ignorait pas que chacun de ses gestes et chacune de ses paroles seraient désormais disséqués le plus soigneusement possible afin de pouvoir les analyser. Les comprendre. Voire même les détourner pour lui prêter des intentions qui n'étaient pas les siennes. Et en recevant Loes de Walleron aussi rapidement – lui épargnant ainsi la longueur de l'attente qui était pourtant imposée aux autres – l'Impératrice n'ignorait nullement qu'elle venait d'offrir un signe à la Galaxie : celui que l'Empire Galactique tenait l'Ordre Jedi en haute estime ! Pieu mensonge ou réelle vérité, nul ne pourrait toutefois l'affirmer, mais si la jeune Monarque respectait effectivement beaucoup la femme se tenant devant elle, il n'y avait toutefois aucun doute sur le fait qu'elle ne s'en laisserait pas compter. Fût-elle jeune qu'elle était tout de même l'Impératrice, la dirigeante d'un Empire fort et fier qui ne se laisserait dicter sa conduite par personne et régnerait un jour sur la Galaxie afin d'y assurer la Paix, l'Ordre et la Stabilité.

Mais loin d'une quelconque hostilité à l'égard de Loes, Jaana l'écoutait présentement avec attention, et son visage s'inclina bientôt légèrement en signe de remerciement lorsqu'il fut question de ses parents et de tous les talents que la génétique avait pu lui transmettre à sa naissance. Des mots, des mots et des mots … rien qu'elle n'ait déjà entendu d'ailleurs mais pourtant, la jeune femme s'astreignait toujours à cet effort, celui de remercier en étant agréable. Ou au moins en étant neutre même si face à la Maîtresse de l'Ordre, l'Impératrice avait forcé ses lèvres à se recourber en un très léger sourire …

Parce que ce sujet l'horripilait !
Même Sigel Dare – son ancienne maîtresse – n'avait pas réussi à lui arracher la moindre réaction quant au décès de ses parents, et ce ne serait certainement pas une Jedi qui y parviendrait. Personne n'y parviendrait d'ailleurs, alors que tous cessassent plutôt de se sentir tristes pour elle alors qu'aucun ne pouvaient deviner ce qui se dissimulait dans son for intérieur.

Mais un geste, un sourire, et la conversation eut la bonne idée de se dérouler vers un autre sujet moins désagréable, et ce même si Jaana demeurait toujours extrêmement prudente vis-à-vis des propos de son interlocutrice. De cette Loes de Walleron qui – derrière des promesses séduisantes d'association et de coopération – se permit également d'évoquer des ''amitiés balayées'' et des ''rivalités qui avaient nui à tous''. Le tout dans un manque de subtilité qui s'offrit en plus le luxe de se terminer par quelques éclaircissements concernant l'aide que l'Ordre Jedi entendait apparemment amener à l'Empire : leurs savoirs et leur conseil. La belle affaire que celle-ci ! Par ses mots, que voulait provoquer son interlocutrice ? De la culpabilité ? Du regret ? De la contrition ? Dommage pour ses espoirs qui ne pourraient qu'être déçus parce que malgré l'air toujours neutre de l'Impératrice, celle-ci n'en pensait pas moins.

Le Triumvirat était mort et enterré …
L’Alliance n'avait guère été qu'un ersatz de gouvernement qui s'était rapidement noyé dans son manque de cohérence et d'organisation, et si l'Empire n'était pas intervenu afin de ne pas le fragiliser encore davantage par le biais d'un interventionnisme qui n'aurait pu que lui être reproché, les Jedi n'avaient rien fait non plus. À trop se positionner comme des arbitres, ces ''sages'' avaient laissé leurs alliés couler à pic sans jamais leur tendre la main, aussi était-il plutôt cavalier de leur part d'arriver aujourd'hui pour s'ériger en donneur de leçons.

Et pourtant … pourtant Jaana ne pouvait décemment pas exprimer son avis sur la question – tout du moins pas si franchement – aussi allait-elle donc devoir se dérober afin de ne pas froisser cette femme qui se tenait devant elle.

« L’Empire se veut effectivement être le défenseur des peuples et des mondes dans un idéal de Paix et d'Ordre, et nous mettrons tout en œuvre pour libérer la Galaxie de cette oppression et de cette vilenie qui y règnent depuis bien trop longtemps. »

La Paix et l'Ordre … si le premier était indubitablement un but commun, l'Alliance Rebelle semblait toutefois ignorer totalement ce que signifiait le second de ces mots, raison pour laquelle elle avait chuter si durement pour se retrouver aujourd'hui réduite à l'état d'un groupuscule d'agitateurs. Ou comment avouer que tel un Point de Rupture, les Sith n'avaient finalement affaibli que les faibles …

« L'Ordre Jedi dispose d'un savoir plusieurs fois millénaire et d'une sagesse qui n'est plus à prouver, aussi votre proposition nous va-t-elle droit au cœur. Dans une guerre comme celle qui se prépare, aucune aide n'est à négliger, plus encore lorsqu'elle provient d'un allié et d'un ami précieux. »

Mais si l'Impératrice évoquait là des politesses et des compliments – qui n'en étaient pas moins réels et réellement pensés – elle n'oubliait pas non plus que la One Sith actuelle était également une ancienne Jedi. Une Déchue qui n'avait manifestement pas rencontré beaucoup d'obstacle lors de sa chute et qui avait pu rallier Korriban sans grande difficulté. Les Sages n'étaient donc pas Immaculés pour autant, et si le conseil était toujours bon à entendre, la réflexion ne serait pas non plus écartée.

« Comme vous vous en doutez, la guerre se prépare et ne saurait plus tarder désormais, parce que les Sith menacent toutes formes de vie depuis bien trop longtemps. À trop tergiverser, nous les avons laisser s'installer et prospérer, mais cette période là est révolue. S'il faut nous salir les mains pour assurer l'avenir de nos enfants, nous le ferons sans hésiter, et nous espérons donc pouvoir vous compter à nos côtés pour nous soutenir dans cette lutte. »

Advîennent que pourra de la Rébellion, de la Triade et de ces autres groupes … pour l'heure, les Sith étaient une menace bien plus dangereuse et bien plus présente, et par cette formulation pleine de motivation, Jaana espérait également forcer son interlocutrice à se positionner clairement face à cette guerre. Histoire de savoir si les Jedi sauraient être utiles lors des futures batailles ou si – après avoir offert leur leader aux Sith – ils se contenteraient d'attendre et de se cacher dans le Consortium d'Hapès.
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Loes de Walleron
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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Lun 22 Mai - 17:22
Derrière un glacis ma foi fort bien réussi, je sentais chez la jeune Impératrice une certaine impatience et une douleur sourde qui pouvait tenir à la fois du chagrin profond et de la colère froide. Un curieux mélange qui me fit hausser le sourcil avec un étonnement qui devait sembler tout à fait décalé avec la situation à ceux qui m'observait mais ne percevaient rien. Consciente de la trop grande autonomie de mon visage, je le ravisais rapidement, faisant de cet air surpris un large sourire. Quand bien même la jeune monarque avait déjà l'inquiétante profondeur de la majesté, je n'avais pas à me forcer pour trouver ses mots plaisants. Certes, certains se chargeaient de pointes critiques, mais elles ne m'atteignaient pas. Je n'étais pas responsable de l'attitude de l'Ordre dans la guerre, du moins pas jusqu'à fort récemment. On m'avait mise au placard, mais peut-être l'Impératrice l'ignorait-elle. Je ne lui en tins pas rigueur car après tout, j'étais tout de même parvenue à gagner suffisamment d'influence au Conseil pour y remporter l'une des deux plus grandes charges de l'Ordre. Songer que je disposais d'un certain pouvoir sur les décisions stratégiques depuis plusieurs années n'était pas illégitime, même si je me trouvais alors en minorité parmi les Maîtres.

Quand elle eut un compliment pour la sagesse des Jedi et affirma notre amitié devant ce vaste parterre, j'inclinai à nouveau le buste en remerciement. Je savais reconnaître les honneurs quand ils m'étaient faits, et je savais que ceux d'une tête couronnée n'étaient jamais anodins. Mes camarades m'imitèrent. Toutefois, l'Impératrice enchaîna rapidement, énonçant clairement que peu lui importait finalement la sagesse et le conseil, mais qu'elle saurait faire bon usage de notre assistance dans la guerre. Contrairement à Plo, Jaana Fell eut la très grande élégance de ne pas sous-entendre que nous pouvions servir de simples soldats. C'était malheureux qu'elle y connût plus long en matière de Force que mon cher ami, mais après tout elle possédait le pouvoir et ne pas nous considérer comme des troupiers avait également un sens politique. La dynastie Fell était en partie fondée sur sa capacité à maîtriser la Force, au moins aussi bien que les autres Chevaliers impériaux. Reconnaître le caractère exceptionnel des Jedi, qui ne prenaient comme étudiants que les apprentis les plus talentueux et les formaient mieux que n'importe quel Ordre dans la galaxie, à tel point que même ceux qui échouaient sur notre voie devenaient les plus dangereux des Sith, servait d'autant à valoriser ses propres talents.

Manifestement, l'Impératrice attendait un peu de vigueur et d'engagement de ma part, et je mesurai l'ampleur de la demande en apparence anodine. Néanmoins, nous partagions vraisemblablement l'analyse de la situation. L'inaction et l'absence totale de solidarité dans le Triumvirat avaient laissé la place à l'expansion Sith, et l'Ordre Jedi avaient une responsabilité colossale dans le désastre, j'en étais intimement convaincue. Nous n'aurions pas dû laisser maîtresse Auria quitter notre sein. L'Ordre n'était pas un État qui ne pouvait pas se permettre d'ingérer dans les affaires des autres. Nous devions assumer la charge de grand arbitre, de réconciliateur de la galaxie, et souffrir de devoir, parfois, nous engager du côté que la Force nous montrait. Non, l'Ordre Jedi ne regarderait pas la galaxie s'effondrer du haut de sa tour d'ivoire, derrière les lignes infrangibles du Consortium d'Hapès. N'en déplaise aux plus anciens d'entre nous, nous n'étions pas, nous ne devions pas être des magiciens reclus dans notre tour à percer les arcanes les plus mystérieuses de notre don. Nous possédions un talent dont nous n'avions pas le droit de priver la galaxie. Notre envie d'y recourir n'importait pas : il le fallait. Le Conseil savait à ce sujet quel était ma position, et il n'avait certainement échappé à personne que je ne nous avais pas fait quitter Ossus pour Hapès par gaieté de cœur. Il fallait protéger nos apprentis, nos connaissances, nos trésors, mais nous n'avions pas fui.


- La guerre ne se prépare plus, Votre Majesté. J'ai fait évacuer notre Temple sur Hapès pour préserver nos enfants, nos savoirs, nos holocrons. Quelques semaines plus tard et les Sith nous auraient détruits une fois de plus, et auraient une fois de plus massacré une grande partie d'entre nous. Ils ont pris Ossus. Un Jedi n'a pas de foyer, il est partout chez lui, mais ce sont les terres où nous avons grandi, les murs que nous avons rebâti de nos propres mains. Les Sith menacent tous les peuples de souffrir ce que nous souffrons, et tous ne peuvent pas s'exiler.

J'avais parlé sans pathos, comme on énonçait un fait. Les Sith étaient des êtres conscients et devaient être considérés comme tels individuellement, mais ils n'étaient collectivement qu'un concentré de danger et de cruauté contre lequel le combat était un impératif. Les laisser gouverner qui que ce fût d'autre qu'eux-mêmes relevait de l'inconscience ou pire, de l'indifférence. Le pouvoir politique des Sith devait rester sur Korriban et ne pas en sortir. Je savais qu'on ne vainquait pas le Côté Obscur. Il ne s'agissait ni d'un objet, ni d'une idée, mais d'une pratique qui ne nécessitait que la nature des êtres conscients et aucun savoir-faire. Le Côté Obscur faisait de la souffrance son lit, et personne ne le savait mieux que les Sith. En s'emparant de la galaxie, ils menaçaient d'en torturer les peuples. Nous savions ce que Krayt avait été capable de faire sur Mon Calamari. Et pourtant, nous ne pouvions simplement faire la guerre. La mort et la destruction n'avaient jamais mis fin aux peines. On ne vainquait pas les Sith à coups de Star Destroyer.

- J'emploie déjà l'intégralité de mon temps à lutter contre les Sith, Majesté, et ce depuis de nombreuses années. Je ne doute pas que vous le sachiez. Je les ai combattu par la parole et les armes, j'ai œuvré pour rassembler les forces libres de la galaxie contre eux, j'ai formé de nombreux Jedi dont l'un a même fait le serment de vous servir et ne se détournera pas de vous. Je travaille, inutile de vous le cacher, avec les restes combattifs de l'Alliance Galactique pour que les pairs qui nous ont quitté pour batailler contre les Sith ne deviennent pas les nouveaux Darth Akni. Il y a à peine quelques semaines encore, j'ai vaincu un puissant agent Sith sur Corellia.

Mon exposé n'était pas une vantardise. Je tenais à remettre les choses au clair, non pour l'Impératrice personnellement mais pour tous ceux qui nous regardaient et pour tous les canaux d'holonews ouverts sur notre entretien : les Jedi n'étaient pas inactifs. Ils ne se terraient pas. Ils ne renonçaient pas. Sans doute étais-je audacieuse d'évoquer ainsi mes mérites devant une jeune monarque qui pouvait percevoir cela comme une tentative pour éclipser sa gloire naissante, mais j'avais confiance en son intelligence pour qu'elle comprenne qu'il n'en était rien.

- Je vous prie de me pardonner de parler d'une manière que vous jugez peut-être effrontée, mais la lutte de l'Ordre contre les Sith n'est pas une question. Les Sith ont toujours été nos ennemis, et ils ont juré de nous anéantir, nous plus encore que tout le reste. Comment ne pourrions-nous pas réagir ? Nombre des nôtres s'y emploient quotidiennement, qu'ils soient au Temple à éduquer des enfants ou en train de courir les étoiles. Si vous pouvez compter sur nous pour nous dresser face à la menace, c'est une certitude. Mais le souhaitez-vous ? C'est aussi pour cela que nous sommes ici, Votre Majesté. Votre amitié nous va droit au cœur, mais c'est votre confiance que nous venons requérir, et nous sommes prêts à la payer s'il le faut.

Nous sortions des politesses et, sans en avoir l'air, des négociations s'engageaient. Sur quels termes ? C'était à Jaana Fell d'en décider. Qu'attendait-elle véritablement de nous ? Pour une coopération avec l'Empire, une libre-circulation et au mieux un droit de recrutement dans ses territoires, j'étais prête à de nombreuses concessions, tant que celles-ci n'atteignaient pas notre autonomie.

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Jaana Fel
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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Ven 16 Juin - 14:48

Au grès des paroles de Loes de Walleron, l'Impératrice hochait quelque fois la tête en signe d'assentiment ou d'approbation, et pourtant ces paroles-là la laissaient quelque peu songeuses. À l'image des Jedi en général, la Maîtresse de l'Ordre était en train de conter sa lutte personnellement menée – de formation d'apprentis en combat contre les Sith – mais elle n'évoqua absolument aucune action collective que les Jedi auraient pu mener tous ensemble pour repousser leurs ennemis de manière concrète et tangible. De même que ''personne n'était responsable personnellement de l'immobilisme Jedi'' , les actions entreprises semblaient presque esseulées tant ces maîtres de la Force s'obstinaient à agir chacun de leurs côtés. Quant aux actions en elle-même, toutes n'étaient pas non plus folichonnes … éduquer les plus jeunes afin de faire d'eux des Jedi accomplis était certes des plus louables en plus d'être utile, mais dans une Galaxie où la guerre menaçait des vies plus que jamais, il y avait fort à parier que ces enfants là ne verraient jamais l'âge adulte si jamais leurs aînés ne s'astreignaient pas à bouger enfin. À moins qu'ils n'attendissent – encore une fois – que les autres se battissent pour eux tandis qu'ils se terreraient sur Hapès …

Mais si Jaana Fel considérait cet éclatement comme une faiblesse là où les Chevaliers Impériaux savaient agir comme un seul Homme, elle n'en souffla toutefois mot à son interlocutrice, préférant la guider délicatement vers son propre mode de pensées sans chercher ni à la brusquer ni à la tancer. Parce qu'un tel acte aurait été stérile, mais aussi parce que du haut de ses dix-neuf ans à peine, la jeune Monarque savait pertinemment bien que les propos de sa charge pouvaient souffrir de la jeunesse de sa personne.

« Nous avons entendu parler de la présence de ce Sith sur Correlia, et nous sommes réellement soulagés que vous ayez pu l'arrêter avant qu'il ne mette ses sombres projets à exécution. Beaucoup se pensent en sécurité mais malheureusement, les Sith sont des ennemis insidieux capables de se faufiler partout. »

À l'image de rats ou de cafards, les Sith avaient en effet le don pour s'infiltrer absolument partout – même dans les planètes indépendantes ou reculées se pensant à l'abri de tout – et cette menace n'en était donc que plus grave. Surtout que – comme venait de le mentionner Loes – l'Alliance Rebelle comptait dans ses rangs des Jedi dont certains n'avaient pas fini leurs formations. Des Jedi se rendant régulièrement au front, devenant de fait des militaires alors que la philosophie de cet Ordre ne soutenait pas ce genre de dérives. Sans compter le risque important de basculer du Côté Obscur sans même s'en rendre compte !

« Ce que nous souhaitons, c'est une véritable alliance entre l'Empire Galactique et l'Ordre Jedi, afin de pouvoir offrir le socle le plus stable possible à cette Galaxie qui menace plus que jamais de sombre dans le Chaos du Côté Obscur. Mais une alliance qui ne passera pas seulement par des mots, mais également par des actes. »

Une alliance … mais Jaana n'avait pourtant pas réutilisé le terme de ''confiance''. Parce qu'après son immobilisme et ses erreurs, il était évident que l'Ordre Jedi allait justement devoir prouver qu'il était digne de confiance à nouveau.

Mais par ces mots, l'Impératrice Jaana Fel venait surtout d'ouvrir officiellement la discussion et les négociations entre elles, et comme elle en était l’hôtesse, il convenait donc de se dévoiler en partie afin de pouvoir faire part à Loes de ses demandes et de ses propositions.

« Tout d'abord et comme vous avez vous-même abordé la question, nous ne vous cachons pas que les Jedi combattant au sein de l'Alliance Rebelle nous inquiète. La place d'un Jedi n'est pas sur un champ de bataille – l'Histoire nous l'a amplement démontré – et nous craignons que certains puissent basculer du Côté Obscur à cause de plusieurs facteurs, qu'il s'agisse de l'adrénaline des combats, des pertes, des défaites, mais aussi de tout ce que la guerre peut avoir d'ignoble à offrir. Sans oublier que certains de ses Jedi n'ont même pas fini leurs formations et sont donc plus vulnérables. »

Un soucis majeur dans la mesure où plusieurs Sith actuels étaient d'anciens Jedi – la Sith Unique en tête – mais pourtant, Jaana n'eut pas l'audace de proposer elle-même des solutions. Après tout, il ne lui revenait pas la tâche d'ordonner les Jedi, aussi n'allait-elle pas usurper la place d'autres personnes plus qualifiées qu'elle.

« De plus, si les Jedi et les Chevaliers Impériaux partagent le Don de la Force, ils n'abordent et n'utilisent toutefois pas cette dernière de la même façon, ce qui peut apporter certaines limites. Nos jeunes apprentis bénéficiant de la Méditation de Combat ou du Point de Rupture, par exemple, ne sont ainsi pas toujours détectés rapidement, puis leurs formations peut également être plus délicates. Dans ce genre de cas, vos connaissances et votre sagesse pourraient être d'une grande aide à l'Empire.

Et au-delà de ce cas, il est également évident qu'une plus grande collaboration entre nos Ordres ne pourrait que nous être bénéfique afin d'ouvrir le champ des possibles. »


Si ces Dons très particuliers étaient très rares, il était toutefois évident qu'ils n'étaient pas non plus toujours bien exploités au sein des Chevaliers Impériaux, et c'était là une faiblesse que l'Impératrice en personne ne pouvait que déplorer. Surtout lorsque toutes les forces devraient bientôt être mobilisées ! Toutes les forces … à l'image d'un but caché que la jeune femme avait déjà en tête mais qu'elle se garda toutefois bien de dévoiler trop tôt, préférant déjà observer les réactions de la Maîtresse de l'Ordre afin de se faire une idée de ce qu'elle pourrait ou non obtenir d'elle.

« Et de votre côté, sans doute avez-vous également quelques demandes, alors n'hésitez pas à les exprimer sans détour. »

Une invitation qui n'était d'ailleurs pas que rhétorique parce que désormais, Loes allait pouvoir réclamer ce qu'elle attendait de l'Empire, une chance qui n'était pas offerte à tout le monde.
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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Jeu 13 Juil - 20:12
La jeunesse de Jaana Fel ne la rendait pas moins redoutable. La dire « dure en affaires » lui aurait bien peu fait honneur, car il n'y avait rien dans sa voix qui évoquât le marchandage. L'impératrice avait saisi l'essence de la diplomatie – peut-être sans comprendre encore l'importance qu'y tenaient les rapports personnels – et avait parfaitement conscience qu'elle dominait le jeu. Si la Triade, l'Alliance, Corellia, Hapès et nous-mêmes, les Jedi, pesions très fort ensemble dans la balance, l'Empire disposait d'une force qui surpassait chacune des autres puissances. L'héritière au tempérament manifestement bien trempé de la dynastie Fel était sans aucun doute la personne au pouvoir politique le plus immense dans la galaxie. Même Darth Akni, qui devait comploter et réprimer durement pour préserver son pouvoir et s'avérait infréquentable pour l'intégralité des autres régimes, n'avait pas une influence si grande.

Qu'elle estimât tant les compétences des Jedi, même si elle gardait des réserves manifestes quant à notre positionnement – de façon compréhensible au demeurant – constituait un élément d'autant plus intéressant pour nous que je ne l'avais pas prévu, du moins pas avec cette intensité. Non seulement notre amitié affichée pouvait servir à l'image de souveraine galactique de la jeune Fel, mais elle donnait à sa coopération avec l'Ordre une utilité stratégique. Ses propositions – ou devrais-je dire exigences, car tout tonnait comme un ordre dans la bouche d'une Fel – loin de me paraître contraignantes, me satisfaisaient pleinement. Je n'aurais pu espérer meilleures requêtes, à vrai dire, que celles qu'elle formulait. Nombre de mes pairs trouveraient à y redire, s'opposeraient à ce qu'on enseignât les puissantes capacités dont parlait l'impératrice à des individus qui ne respectaient pas le code des Jedi, mais ces grincheux n'entendaient rien à l'influence internationale et s'enfermaient, à vrai dire, dans la rigidité de leurs dogmes. Le code n'avait pas empêché de nombreux Jedi de commettre des atrocités au nom du bien, et de basculer. À mon sens, les Chevaliers Impériaux, que j'avais tant fréquenté, n'avaient de fanatique que leur loyauté à l'Empire. Celle-ci pouvait s'avérer dangereuse et en faisait sombrer certains, mais elle les aidait à questionner le sens de la justice et les frontières poreuses entre les pratiques de la Force. En outre, pour maîtriser la Méditation de Combat ou le Point de Rupture, les Chevaliers devraient suivre, dans les faits, les méthodes Jedi pour accéder à la Force. Obtenir le droit de former plusieurs d'entre eux ne présentait en fait que des avantages, et je devais m'assurer que, comme dans la discussion que j'avais eu avec Plo, je pourrais aménager les conditions les plus favorables à nos instructeurs. Avant de formuler mes propres demandes, je me permis donc de revenir sur les siennes.


- Je ne vous cache pas, Votre Majesté, que ceux des nôtres qui ont rejoint l'Alliance Galactique, si j'ai de l'estime pour le combat qu'ils ont mené et dans lequel l'Ordre tout entier aurait dû s'investir afin d'éviter l'éclatement que nous risquons, comme je le soutenais alors, sont aussi pour moins un grand sujet d'inquiétude, peut-être le plus grand que je dois avoir, au regard de ma fonction. J'ai donc déjà pris des dispositions, avec le Commandeur Plo Tan'ith, pour que l'Ordre récupère un droit de regard sur ses égarés, leurs agissements et leur formation. Bien qu'elles attendent encore la ratification du Conseil, j’œuvre d'ores et déjà à les mettre en action et non sans succès. Plusieurs d'entre eux sont déjà revenus vers nous avec beaucoup de bonne volonté. J'ose espérer qu'aucun de plus n'ira grossir les rangs des Sith.

Derrière ces privilèges que j'avais réussi à arracher à Plo, il y avait certes une question géopolitique, un enjeu de pouvoir, mais c'était loin d'être le seul problème et mon ami n'avait pas semblé le comprendre. L'Ordre Jedi n'était plus un Ordre lorsqu'il laissait partir les siens, lorsqu'il les excluait pour leurs positions politiques ou leurs pratiques hétérodoxes. Chaque départ, chaque sécession représentait un danger considérable pour son intégrité. Je considérais pour ma part qu'un Jedi demeurait un Jedi où qu'il se rendît, quelle que fût son allégeance, tant que sa pratique de la Force restait conforme à l'esprit du Code, et que l'Ordre devait agir en conséquence, rester inclusif et légitimer constamment la hiérarchie qu'il imposait à ses membres. Certains Maîtres considéraient, un peu légèrement, que leur position, honorifique et politique, leur était due et leur donnait des droits étendus. Ils oubliaient que nous n'étions ni un État, ni ne formions un quelconque gouvernement, ni même une administration. La capacité décisionnelle d'un Jedi ne pouvait se mesurer qu'à l'aune de son influence véritable. En somme, chacun ne pouvait prétendre qu'à l'obéissance qu'il parvenait à inspirer. Bien sûr, en tant qu'organisation, nous avions besoin de représentants, de gestionnaires, mais nous ne devions pas perdre de vue la communauté que cette verticalité de façade masquait trop souvent. Nous avions de commun une pratique de la Force et une volonté d'user de ce potentiel pour le bien de tous. Ceux qui partageaient cela étaient mes pairs à mes yeux, des Jedi, et les Chevaliers Impériaux ne faisaient pas exception. Nous étions une communauté œcuménique, protéiforme, que des questions de dogme, de politique ou de croyances ne devaient plus pouvoir diviser. J'entendais traduire cette conviction profonde dans une réalité pratique et diplomatique, et Jaana Fel allait tout à fait dans mon sens.

- Je ne vois aucune raison de refuser que des Jedi forment certains des vôtres. Outre nos motivations respectives, qui convergent d'ailleurs en ce moment, et nos allégeances, bien peu de choses distinguent les Chevaliers que je représente et ceux qui vous entourent. Que l'un de vos propres gardes ait été mon premier élève, et que l'un de vos Maîtres soit l'ami le plus proche et le plus fiable que la Force m'ait jamais donné est symptomatique du peu de différences qui existe entre vos pratiques et les nôtres.

Jaana Fel me demandait ce que l'Ordre désirait en retour. Il s'agissait là d'un immense honneur qui me laissa quelques instants sans réponse. Je sentis que mes compagnons prenaient également la pleine mesure de la chose, de même que la salle, où quelques rumeurs mêlèrent la surprise et l'agacement. Qu'étions-nous, nous autres Jedi, aux yeux de nobles incapables de sentir la Force ? Nous étions des réfugiés, incapables de défendre leur propre planète contre les assauts de l'ennemi, là où l'Empire avait ravi le Noyau au nez et à la barbe des Sith. Pis que cela, nous étions dépendants du Consortium de Hapès, possiblement des agents doubles de la reine Djo. Je ne m'offusquai pas de ces réactions tout à fait logiques. Stratégiquement, l'Ordre Jedi, isolé, était négligeable. La porte que m'ouvrait Jaana Fel n'en était que plus flatteuse, et sonnait comme une véritable reconnaissance. En reconnaissant une dette future envers nous, l'impératrice faisait paradoxalement de nous les débiteurs de sa générosité. Tour fort habile de la part de la jeune Fel, qui savait que l'éventuel mécontentement de la cour se tournerait plus contre nous que contre elle, ce qui ne ferait qu'accroître son ascendant sur les négociations. Décidément, ceux qui la jugeraient à l'aune de sa jeunesse commettraient une erreur terrible.

Je choisis de ne rien exiger de grand. Le désir de requérir des contreparties diplomatiques, comme une longue trêve avec l'Alliance, ne manquait pas, mais il s'agissait là d'une fantaisie. Une telle demande me donnerait un air d'arrogance et de profond irrespect. Elle pourrait même apparaître comme un véritable ultimatum, l'affirmation grossière d'une supposée supériorité. Et formulée modestement, une requête de la sorte semblerait tout simplement ridicule. Je ne pouvais exiger qu'un engagement modéré, proportionné au service que nous acceptions de rendre. Avec un peu de finesse, je pouvais même renverser légèrement la vapeur en présentant la chose comme une grâce que je faisais à l'impératrice.


- Nous vous accordons notre aide à une seule condition : ceux que nous formerons prêteront le serment de n'user de ces connaissances que contre les Sith et leurs séides. Aucun autre Jedi, ou allié de l'Ordre, ne doit être victime du savoir que nous vous offrirons.

Je profitai cependant de l'occasion pour mettre sur la table un autre sujet grave et toujours sans solution jusqu'à présent, par manque de coopération.

- Puisque vous m'y invitez, Votre Majesté, et je vous en suis reconnaissante, je me permets de vous faire part d'un désir. Vous n'ignorez pas les méthodes cruelles des Sith Troopers, qui pénètrent en secret dans vos territoires et enlèvent des enfants sensitifs, puis leur font souffrir l'ineffable. Il y a plusieurs années déjà, Chevaliers Impériaux et Jedi avaient enquêté séparément et, malgré les efforts que Vilad Mandac et moi-même avions fournis pour que les résultats soient partagés, nous avions échoué à démasquer les coupables et à les arrêter. Treis Sinde trouva la mort dans cette affaire.

Si l'impératrice était bien jeune à l'époque, elle connaissait nécessairement l'affaire aujourd'hui, sans doute pas de manière aussi détaillée que moi, mais suffisamment pour en saisir les enjeux.

- Je vous propose d'autoriser les membres de l'Ordre Jedi à sillonner vos systèmes et à collaborer avec vos services de renseignement pour repérer les jeunes talents et les mettre en sécurité. Je sais que vous ne formez généralement que les jeunes adultes aux voies de la Force, aussi l'Ordre pourrait se charger de leur protection et de leur apprentissage préliminaire, jusqu'à leur majorité, où ils décideraient en leur âme et conscience de leur avenir. Nous pouvons discuter des modalités de cet enseignement, mais il apporterait aux Chevaliers Impériaux une manne de recrues puissantes, conscientes des bienfaits et des travers de leurs pouvoirs.

La proposition était audacieuse, et j'en avais laissé les contours flous pour ne pas sembler imposer ma volonté. Je rendais l'initiative à l'impératrice pour me dire dans quelle mesure elle accepterait un tel dispositif.

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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Mar 8 Aoû - 14:48

Manifestement, la présence de Jedi égarés au sein des rangs de l'Alliance Rebelle posait un soucis aussi bien pour l'Impératrice Fel que pour son interlocutrice, mais si ces fameuses dispositions prises avec le Commandeur Tan'ith aiguisèrent aussitôt la curiosité de la jeune Monarque, celle-ci n'en trahît en revanche aucun signe. Parce qu'après tout, le Kel'Dor se faisait presque un devoir de présenter l'Empire Galactique comme un ennemi que chacun se devait de combattre – certes pas à la hauteur de la monstruosité des Sith mais tout de même, le nom de Palpatine ne tardait jamais vraiment à revenir sur le tapis – et Jaana savait donc ne pas pouvoir réclamer d'informations sur ce sujet sans déclencher potentiellement de nouveaux problèmes. De nouvelles attaques. De nouvelles suspicions à son encontre là où – loin de vouloir vider les armées rebelles de ses combattants – elle ne souhaitait que préserver tous ces Jedi de l'attrait facile du Côté Obscur. Intention louable et louée par Loes de Walleron pour le plus grand soulagement de l'Impératrice. Parce qu'après tout, un Sith demeurait un Sith, et ce peu importât les motivations – quelque fois extrêmement nobles au départ – qui avaient pu le faire chuter …

Et si ce point-là fût entendu par les deux femmes assez rapidement, Jaana fut également assez étonnée de voir la Maîtresse de l'Ordre accéder à sa deuxième demande sans même quelle n'eut à batailler pendant des heures … et ce même si la condition fixée l'étonna encore davantage ! Prêter serment de ne pas attaquer de Jedi ou d'alliés de l'Ordre Jedi ?! Sincèrement ?! Cette condition était si décalée qu'elle confinait presque à l'insulte pure et simple, et ce même si la jeune Fel fût toutefois suffisamment intelligente pour ne pas s'en offusquer. Ou tout du moins pas de manière perceptible pour son interlocutrice.

« Contrairement à ce que certains affirment, l'Empire Galactique n'a pas faim de conquêtes ou de massacres en tout genre, son seul but est de défendre ses peuples et ses territoires contre toute attaque. En conséquence, je puis vous affirmer que mes Chevaliers Impériaux ne s'abaisseront pas à attaquer gratuitement qui que ce soit. »

De cette affirmation débitée d'une voix à la fois calme mais puissante, son ton légèrement vibrant attestant ainsi du caractère presque sacré des Chevaliers mais aussi de la puissance de l'Empire Galactique.

Parce que ses chevaliers ne prêtaient serment qu'à elle !
Parce qu'elle respectait les Jedi et n'avait aucune raison de les attaquer !
Parce qu'elle n'entendait pas se faire dicter sa conduite par qui que ce fût, et surtout pas en matière de diplomatie extérieure ! Parce qu'après tout, Jaana se doutait bien de qui étaient ces ''alliés de l'Ordre'' soigneusement dissimulés derrière un terme bien générique, et il était absolument hors de question qu'elle s'engageât à ne jamais toucher à ces rebelles menés par Tan'ith. Qu'ils jouassent dans leur coin s'ils le désiraient mais si jamais ils s'amusaient à semer le chaos une fois encore ou alors à représenter un danger, et elle se chargeait aussitôt de leurs cas. Et que cela plût ou non à une Maîtresse de l'Ordre Jedi dont la neutralité n'était que toute relative tant elle ne dissimulait pas ses fidélités.

Quant à la suite …

Si la jeune Monarque avait invité son aînée à lui faire part de ses demandes, celle-ci ne se gêna donc pas pour les exprimer, et la toute première de ses propositions laissa Jaana ô combien songeuse. Son âme dérivant un instant malgré son visage de marbre. Et malgré les quelques remous qui agitèrent une fois encore les spectateurs de cette rencontre. Mais après tout, il était assez évident que la Noblesse Impériale ne devait pas apprécier outre mesure ce genre de négociations que leur Impératrice – non manipulable, pour le plus grand déplaisir de certains d'entre eux – menait présentement avec les Jedi d'égal à égal. Arrogance et ego blessés de ces bien nés insensibles à la Force et donc incapables d'en comprendre réellement l'importance. Mais néanmoins, la demande de Loes ne manqua pas de provoquer quelques réactions indignées, et ce fut d'un simple geste de la main que la jeune femme fit cesser tous commentaires.

Repérer les enfants Sensitifs présents sur le territoire impérial afin de les former jusqu'à l'âge de raison où ils pourraient eux-mêmes choisir leur allégeance … et encore une fois, la jeune Monarque eut la très ferme impression que son interlocutrice ne la prenait absolument pas au sérieux ! Parce qu'après avoir exigé un serment de la part de ses Chevaliers Impériaux afin de protéger l'Alliance Rebelle, il semblait bien que Loes de Walleron souhaitât priver l'Empire de ses Chevaliers en devenir dans une manœuvre manquant clairement de finesse – parce que si les Jedi formaient ces enfants pendant des années, il n'y avait que peu de doute sur le fait qu'ils ne choisiraient pas ensuite un Empire duquel ils ne connaîtraient presque rien, devenus presque apatrides et privés de toute forme d'attachement à sa personne – et ce même si Jaana conservait son habituelle neutralité élégante.

« Depuis quelque temps déjà, des Chevaliers Impériaux sont chargés de découvrir ces enfants afin de les protéger, mais leur nombre reste malheureusement insuffisant pour qu'ils puissent s'occuper efficacement de tous. Une coopération ne pourrait donc qu'être bénéfique à tous, et ce même si discuter de ces modalités sera effectivement une obligation. »

Loes de Walleron avait parlé de son expérience personnelle afin de pouvoir imposer son avis sur la question, puis elle avait subtilement offert une solution – généreuse en apparence – afin d'aider et d'enseigner à tous ces enfants en danger. Jusqu'à leur majorité, l'âge où la plupart des Jedi accédaient à leur place de Chevalier confirmé là où les autres achevaient tranquillement leur formation. De cet âge où le Dogme Jedi serait si intimement chevillé à leurs corps que nul ne choisirait sans doute de devenir Chevalier Impériaux, ou alors si peu …

« Comme vous le soulignez, les Chevaliers Impériaux ne forment que rarement les enfants, et ce afin de pouvoir s'assurer que les Aspirants formés par leurs pairs s'engagent au sein de l'Ordre en toute connaissance de causes. Offrir à ces enfants un apprentissage préliminaires aux voies de la Force – même sommaire – irait donc à l'encontre de nos principes, d'autant plus que nos Ordres respectifs disposent chacun d'un Dogme différent et que passer de l'un à l'autre risquerait de les perturber. »

Une manière fort diplomatique et fort aimable de refuser pourtant radicalement cette proposition, raison pour laquelle Jaana enchaîna aussitôt sur sa propre vision des choses, histoire de pouvoir reprendre la main sans plus tarder.

« À l'heure actuelle, ces enfants et leurs familles sont placés en sécurité sur diverses planètes très bien protégées de l'Empire, et ils peuvent ainsi jouir de leur jeunesse sans être perturbés ni par la guerre ni par toutes ces menaces. Et à nos yeux, protéger la jeunesse et l'innocence de nos enfants, c'est également une priorité que nous refusons de sacrifier. »

Sur Bastion, sur Yaga Minor ou sur Anaxes … sur certaines de ces planètes, des enfants tâchaient de vivre une vie protégée mais aussi normale que possible, et il était aussi du devoir de l'Empire que de ne pas les enrôler trop jeune.
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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Sam 19 Aoû - 3:36
Les réponses de Jaana Fel cinglèrent l'atmosphère. Je m'attendais à devoir batailler pour obtenir la moindre concession, mais chacune sonna comme un refus net. Néanmoins, je n'étais pas dupe de ces méthodes de négociation. L'irritabilité, réelle ou feinte, n'était rien d'autre qu'un levier pour nous intimider, mes compagnons et moi. Si je devais faire attention à mes mots, je ne comptais pas abandonner tout parce que cela ne plaisait pas à la souveraine. Sans doute faisait-elle ses premiers pas en diplomatie, et elle avait la chance de se trouver en position de force dans le jeu galactique, mais j'entendais bien lui apprendre qu'on n'obtenait rien sans contraintes ni sans concession. Que croyait-elle ? Que nos instructeurs les plus brillants iraient enseigner des techniques extrêmement périlleuses aux Chevaliers Impériaux sans la moindre contrepartie ? Notre Ordre ne servait pas les monarques, les présidents, les nations ni les idées, mais seulement les habitants de la galaxie. Cela impliquait de s'entendre avec les grands personnages, mais certainement pas de se soumettre à eux.

J'inspirais profondément, chassant l'agacement contagieux de Jaana Fel de mon propre esprit. L'Impératrice n'avait ni ma puissance ni mon expérience, et je ne pouvais que lui pardonner ce zèle à défendre ses intérêts. Après tout, qui n'en ferait autant à sa place ? Je l'écoutais achever son argumentaire, une lame de fond qui cherchait à briser mon audace, à laisser ma proposition échouée sur le rivage, définitivement abandonnée. Brièvement, je parcourus l'assemblée du regard, avant de revenir croiser celui de Jaana Fel. Elle avait hérité de l'ardeur de sa mère et de son grand-père, aucun doute à ce sujet. Dommage qu'elle eût aussi reçu leur entêtement. Enfin, elle était jeune, peut-être l'humilité viendrait-elle avec le temps.


- Votre Majesté, je n'ai jamais vu l'Empire comme le dévoreur de mondes que vous me décrivez. J'ai trop de connaissance de ses hautes sphères et de respect pour ce régime pour sous-entendre une telle chose. Je n'étais pas de ceux qui ont poussé des cris d'orfraie lorsque vous avez pris le Noyau. C'était une conquête, mais elle était d'une habileté stratégique que je ne peux qu'admirer. Vous vous êtes emparés de mondes clés que l'Alliance aurait effectivement été incapables de défendre, et j'espère que le Commandeur Tan'ith saura le reconnaître un jour, même si j'en doute. Aux yeux de mon Ordre, nous menons une guerre, nous tous contre les Sith, et vous avez, en ce qui me concerne, sauvé bien des peuples en annexant le Noyau. Je sais ce qu'est l'Empire, Majesté. Je sais que vous n'attaquez pas gratuitement et je ne doute pas de votre bonne foi. Je ne demande pas non plus qu'un serment soit prêté à l'Ordre Jedi, ce serait une usurpation. Ce que je veux, c'est que vous et moi convenions d'un traité. Je demande votre parole comme j'ai demandé celle de Plo Tan'ith, à la différence que Plo Tan'ith n'a reçu aucun serment de fidélité d'aucune sorte, tandis que vos Chevaliers sont tenus d'exécuter vos décisions.

Longue explication pour apaiser Fel, mais je doutais que cela soit suffisant. Si je présentais les choses de manière trop alambiquée, l'Impératrice se sentirait manipulée. Si je me contentais de peu de mots, elle se sentait insultée, comme cela venait de se passer. Je ne m'en offusquais pas : un souverain satisfait était bien souvent un souverain stupide.

- Comprenez que je ne cherche pas à mettre en doute votre bonne volonté ou votre fiabilité en tant qu'alliée, Majesté. Mais les gens disparaissent, pas les traités diplomatiques, et si nous ne vous demandions aucune garantie, quelle assurance aurions-nous que votre successeur à la tête de l'Empire n'ordonnerait pas à ses Chevaliers de combattre un régime qu'un futur Conseil Jedi aurait choisi de soutenir ? Votre engagement que ces savoirs précis que nous vous enseignerons ne seront pas utilisés contre d'autres que des ennemis communs est la moindre garantie que nous puissions réclamer. Il ne s'agit pas de vous demander de conclure une paix définitive avec ce qui reste de l'Alliance ou avec les autres ennemis autres que les Sith que vous pourriez avoir à affronter, il s'agit d'obtenir de vous et vos successeurs n'useront jamais de nos connaissances contre nous et ceux qui nous aident, sauf à rompre un traité. Ne seraient concernés, donc, que les pouvoirs que nous vous apprendrons, tels la Méditation de Combat, le Point de Rupture ou, si le cas se présentait, l'Empathie de Force que j'ai moi-même appris à maîtriser autant que faire se peut. Ils ne devront pas servir contre d'autres que nos ennemis communs, en l'occurrence contre le régime et les forces Sith. Sachez à toutes fins utiles que j'ai exigé la même chose des Jedi de l'Alliance que nous aiderons à former correctement. L'enseignement particulier que nous leur dispenserons ne devra pas servir à combattre l'Empire. Notre objectif est de garder nos pairs sur le droit chemin et de combattre la menace Sith, pas d'élever des combattants surhumains destinés à s'affronter. Si vous ne pouvez promettre que vous n'userez pas des savoirs Jedi contre le Consortium d'Hapès, contre l'Alliance, contre tout autre régime dont nous ne reconnaîtrions pas ensemble le caractère néfaste, alors nous les garderons pour nous, ce qui ne profiterait finalement à personne sinon aux Sith.

J'espérais avoir dissipé ses réticences sincères. Pour celles qu'elles feignaient peut-être, je ne pouvais rien. Ma demande ne pouvait être plus raisonnable. Pas d'arts Jedi contre ceux que les Jedi ne combattaient pas. Cela n'affectait en rien la souveraineté impériale, ni la capacité de l'Impératrice à décider seule de sa diplomatie. Cet engagement visait simplement à inscrire dans un potentiel traité les objectifs que nous fixions à cet enseignement bénévole. Car il s'agissait bien de cela : libre à l'Empire d'entretenir nos instructeurs, mais nous partions du principe qu'ils seraient en mission pour l'Ordre, et certainement pas des enseignants mercenaires. Partant de là, ce serait à l'Ordre de subvenir à leurs besoins pour qu'ils puissent se consacrer à leur tâche.

Restait l'épineux problème des enfants. L'Impératrice avait balayé ma proposition d'un revers de main, arguant des motifs que je trouvais fort peu convaincants. Elle comme moi savions bien quels étaient les enjeux de cette discussion. L'Ordre Jedi était privé de base territoriale, et de ce fait ne pouvait recruter aussi largement que naguère. Mon objectif, et Jaana Fel l'avait manifestement bien cerné, était d'aménager des dispositifs de détection et de formation d'enfants sensitifs pour en faire des Jedi. Son opposition radicale au projet n'était pas étonnante : à court terme, ma demande pouvait fort ressembler à une manœuvre pour siphonner les sensitifs natifs de l'Empire. Mais à long terme, il en allait de la puissance, voire de la survie de l'Ordre Jedi. Si aucun régime ne cédait le droit aux nôtres de circuler pour trouver des apprentis, nous deviendrions tributaires du volontariat, et Force savait que peu de gens se rendaient compte eux-mêmes de leurs aptitudes exceptionnelles et menaient d'eux-mêmes la démarche de nous rejoindre. Ce que j'avais obtenu de Plo dissipait déjà légèrement ce risque de diminution inexorable, mais une telle perspective continuait de planer sur l'Ordre. Après un instant de réflexion, je décidai de jouer cartes sur table, misant sur la franchise. En général, avec des diplomates professionnels, mieux valait dissimuler ses véritables intentions et taire ses faiblesses. En revanche, face à une jeune monarque en position de force et en train de prouver le bien-fondé de son autorité, reconnaître sa supériorité ne pouvait que lui plaire.


- Je ne désire pas vous duper, Votre Majesté. L'Ordre Jedi a été isolé par ses politiques de retrait ces dernières années, au point que si je n'agis pas, il sera certainement condamné à moyen terme. Une large frange des nôtres est partie pour rejoindre l'Alliance dans son combat contre la menace Sith. J'ai dû mettre le reste à l'abri sur Hapès, pour éviter un nouveau massacre sur Ossus, mais je ne me fais pas d'illusion sur le fait que même la situation galactique idéale de l'amas d'Hapès ne protégera pas les Jedi, à moins que nous ne demeurions en reclus dans notre nouveau Temple, ce que je refuse catégoriquement, et bon nombre de mes pairs avec moi. L'inaction nous a coûté beaucoup de Chevaliers de valeur, dont une partie devait constituer le futur de l'Ordre. Avec les conquêtes Sith, il nous reste bien peu de territoires où nous pouvons rechercher de potentiels apprentis. L'accord conclu avec le commandement de l'Alliance visait non seulement à rétablir des liens entre les Jedi ralliés à elle et le cœur de l'Ordre, mais aussi à nous permettre de rechercher et de former de nouveaux apprentis. C'est en substance ce que je vous demande humblement, Votre Altesse : nous voudrions que les sensitifs qui ne souhaiteraient pas rejoindre vos Chevaliers, parce qu'ils refuseraient de se battre, par exemple, puissent être formés par l'Ordre Jedi s'ils désirent tout de même exploiter leurs talents. Nous voudrions avoir le droit de proposer à tous ces gens au précieux potentiel, qu'ils soient enfants ou adultes, peu importe, un enseignement sain dans les voies de la Force, un but pour lequel employer leurs pouvoirs et une communauté de semblables capable de les aider, de les comprendre, de les soutenir à tout moment de leur vie.

Je ne savais pas vraiment comment Jaana Fel allait prendre cette nouvelle justification. Si celle-ci avait le mérite de redonner un intérêt à une demande que l'Impératrice venait tout juste d'écarter sans détour, elle valait le coup d'être dite.

- Quoi que vous pensiez de tout cela, quelle que soient les conditions que vous désirez nous imposer, sachez que nous coopérerons avec vous, bien sûr, dans le repérage des sensitifs et la prévention contre les éventuelles tentatives de rapt des Sith Troopers. Si un apprenti Jedi peut difficilement se permettre de profiter de sa jeunesse et d'être longtemps innocent, je comprends votre souci. Malheureusement, la guerre nous affecte tous, à tous les âges, que nous soyons derrière les défenses d'un monde forteresse ou dans les cendres d'un continent ravagé, et d'autant plus lorsque nous sommes liés à la Force, que nous en sentons les bouleversements. Vous-même, Votre Majesté, avez renoncé à votre jeunesse pour devenir Impératrice, et vous l'avez fait parce que vous le deviez, parce que vous êtes née héritière de ce pouvoir. À votre instar, tous les sensitifs naissent investis d'une puissance en devenir. N'ont-ils pas eux aussi le devoir de l'assumer, d'apprendre à la maîtriser et de s'en servir pour faire le bien de la manière qu'ils jugent la meilleure ? Je sais les raisons qui vous poussent à ne pas former vos Chevaliers trop jeunes : vous leur demandez le sacrifice de leur vie, et vous les enrôlez dans une unité militaire d'élite. Mais qu'advient-il des autres ? Ceux qui aspirent à une vie de mécanicien, d'explorateur, d'expert informatique, de négociant, de professeur, de xénobiologiste, sans les contraintes d'une discipline martiale ? N'est-il pas dommage qu'ils ne puissent recevoir un enseignement de la Force adapté à leur vocation ?

Peut-être était-ce audacieux de prendre Jaana Fel en exemple, mais n'était-ce pas terriblement adéquat ? L'Impératrice avait sans doute reçu la même leçon que moi avant mon adoubement, alors que son adolescence s'évanouissait doucement : lorsqu'on naît avec un pouvoir, on n'est jamais vraiment libre de choisir sa vie. Les Sith luttaient de toutes leurs forces contre cet état de fait, mais en vain. Je ne considérais pas la Force comme une entité qui fixerait à dessein le sort de ses élus, mais le don n'était jamais dû au hasard, et quand bien même, il donnait à son détenteur une responsabilité. Un tel talent laissé en jachère pouvait signifier des centaines, des milliers voire des millions de vie qui ne seraient pas sauvées. À mon sens, le choix de l'égoïsme était inacceptable, et laisser trop longtemps des sensitifs mener leur petite vie sans les informer de ce qui leur incombait constituait un risque tout à fait inconsidéré. En les formant au berceau, l'ancien Ordre avait longtemps évité que les sensitifs fussent capables de ce choix égoïste. En les éduquant dans l'abnégation et la contemplation de la Force, on rendait ces gens dévoués, capables de discernement, désireux de faire le bien et disposant du pouvoir nécessaire pour le faire.

En fait, toute l'argumentation de l'Impératrice était fondée sur le postulat que les sensitifs devaient disposer de leur libre-arbitre, devaient choisir en leur âme et conscience. L'engagement n'était authentique que consenti de cette manière. Mais il y avait erreur dans un tel raisonnement. Quiconque contemplait la Force depuis des années percevait nettement les mécanismes de la détermination des individus. Jamais personne n'agissait sans que des facteurs extérieurs ne l'eussent poussé à se conduire ainsi. Si l'on voulait que les jeunes sensitifs devinssent des Chevaliers, Jedi ou Impériaux, capables de se défendre et d'employer leurs capacités au service d'une noble cause, il fallait s'en donner les moyens. Toutefois, je comprenais que l'Impératrice devait agir dans le cadre d'une loi et d'un appareil de légitimation complexes. Qu'elle refusât tout de même la proposition ne signifiait pas qu'elle fût incapable de concevoir ce que je lui expliquais. Au contraire, de par sa position, elle devrait fort bien saisir ce dont je lui parlais, et peut-être un bon cœur la pousserait-elle à refuser pour ses sujets sensitifs le devoir de dévouement qu'elle remplissait elle-même, et qu'elle remplirait désormais tous les jours de sa vie.

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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Sam 26 Aoû - 15:07

Si Loes de Walleron se lança bientôt dans une longue tirade afin d'apaiser la jeune Impératrice Jaana Fel, celle-ci l'écouta attentivement même si elle ne s'en laissait pas conter par ce genre de compliments, et puis … et puis l'argumentaire de son interlocutrice bascula bientôt sur quelques aspects bien plus techniques de sa requête, et la jeune femme en ressentit aussitôt une amertume qui empoisonna un instant son esprit avant qu'elle ne pût reprendre le contrôle parfait de ses émotions. Mer calme et tranquille dont le remous ne se trahissait désormais plus que par une ombre diffuse mais belle et bien présente dans le fond du regard d'une Monarque bien trop jeune pour assumer toutes ces responsabilités.

Que se passerait-il si elle venait à décéder et que son successeur choisissait de ne pas suivre sa voie ? Une question bien cruelle même si la Maîtresse de l'Ordre ne l'avait très certainement pas choisie ainsi, et pourtant. Pourtant cette inquiétude ne pouvait renvoyer Jaana qu'à une vérité dangereuse et dont elle avait déjà discuté plusieurs fois avec Diana : elle n'avait pas d'enfant. Pas de successeur. Pas de petit rejeton portant le nom de Fel et donc capable de mener l'Empire Galactique sous une bannière forte et unie, tel que l'avait fait Roan Fel. Du haut de ses dix-neuf ans, la jeune femme n'avait pas d'enfant à sacrifier à la paix de la Galaxie, et ses proches savaient combien cette réalité la hantait et l'inquiétait. Parce qu'elle était Impératrice avant d'être femme, parce qu'elle était Fel avant d'être Jaana … et parce que sa responsabilité en tant que telle lui commandait d'offrir un successeur à l'Empire sans plus tarder, et ce afin de palier à toutes les situations qui pourraient se présenter.

Mais en vain …
La question n'était de toutes façons pas là, et il n'y avait aucun doute sur le fait que Loes de Walleron avait évoqué cette possibilité sans souhaiter blesser Jaana, aussi celle-ci se contenta-t-elle de chasser toutes ces émotions sans en tenir rigueur à son interlocutrice.

« Je comprends parfaitement vos inquiétudes et ne suis donc pas hostile à la signature d'un tel traité qui ne pourrait que renforcer les liens qui nous unissent déjà, mais j'ai toutefois quelques petites modifications à apporter à votre proposition. Il est évident que l'Empire n'attaquera pas l'Ordre Jedi ni le Consortium d'Hapès, et si cela peut vous rassurer, je suis toute disposée à m'y engager et à engager l'Empire par ma signature. Mais en revanche, vous ne pouvez pas exiger que nous nous engagions à quoi que ce soit vis-à-vis d'une Alliance Rebelle qui n'a jamais réellement cessé ses actions terroristes à notre encontre. Si le Commandeur Tan'ith reste pacifiquement dans son coin, nous n'irons pas lui chercher querelle. Mais en revanche, si d'autres attaques ont lieu contre l'Empire et son peuple, ces agressions ne resteront pas impunies, et cela j'en fais le serment. Et puis quoi qu'il en soit, il est absolument hors de question que nous nous engagions vis-à-vis d'une partie qui n'est même pas présente, sans quoi les négociations ne pourraient qu'être biaisées. »

À trop vouloir protéger Tan'ith et ses rebelles, Loes de Walleron glissait lentement mais sûrement vers l’ingérence, et Jaana ne s'était pas gênée pour le lui souligner. Mais après tout, la Maîtresse de l'Ordre n'avait jamais dissimulé ses amitiés et ses fidélités, et si elle faisait bien ce qu'elle voulait de sa vie privée, l'Impératrice n'entendait en revanche pas se soumettre à des obligations de non-agression qu'on espérait lui soutirer comme une formalité entendue de tous et gentiment offerte à un Kel'Dor qui n'était même pas présent !

« Quant aux ''autres régimes dont vous n'auriez pas encore reconnu le caractère néfaste'', il s'agit là encore de mes prérogatives propres que de déterminer qui est l'allié de l'Empire et qui ne l'est pas, et je n'entends pas laisser l'Ordre Jedi s'immiscer dans la direction de l'Empire. Restons donc sur des questions philosophiques et dogmatiques, parce que le devenir des Chevaliers Impériaux n'est pas une question politique. »

Si Jaana était à la fois Maîtresse des Chevaliers Impériaux et Maîtresse de l'Empire, elle n'appréciait en revanche pas réellement la tentative de la Jedi de vouloir brouiller ces deux tableaux pour y jouer conjointement, aussi n'allait-elle pas se gêner pour le faire savoir. Si elle n'avait laissé aucun de ses haut officiers ni aucun membre de la haute noblesse impériale lui dicter sa conduite, elle ne se laisserait pas davantage diriger par l'Ordre Jedi. Et surtout pas par un Ordre Jedi trop idéaliste et qui tardait bien souvent à prendre les décisions qui s'imposaient.

Qui s'imposaient sous peine de le mettre gravement en danger comme ça avait été le cas …

Parce qu'ainsi que Loes de Walleron venait de l'admettre, les politiques autarciques et pseudo-neutres de l'Ordre Jedi lui avaient effectivement beaucoup nuis au point de le réduire à l'état de petit groupe de survivants réfugiés sur Hapès, mais Jaana ne se sentait toutefois pas réellement concernée par ce soucis. Chaque Régime, chaque Ordre, chaque Groupe se devait de prendre les meilleures des décisions, et admettre une erreur ne suffisait jamais ni à l'effacer ni à liguer toute une Galaxie dans une vaste politique d'aide. La Guerre était malheureusement aux portes de tous, et personne ne sacrifierait sa sécurité pour celui qui n'aurait pas eu l'idée d'assurer la sienne. Cruelle réalité que l'Impératrice allait se charger de rappeler à son aînée même si elle n'avait absolument pas envie de basculer dans ce cynisme d'obligation.

« En gage de respect envers l'Ordre Jedi comme envers votre personne, je vais également être des plus franche avec vous, Maîtresse de Walleron : je suis sincèrement désolée et peinée que les Jedi se retrouvent aujourd'hui dans une position aussi désagréable, mais je ne sacrifierait pas mes Chevaliers Impériaux à votre avantage pour autant. »

Une allégation qui aurait pu paraître presque agressive voire mesquine, mais il n'en était pourtant rien : que ce fût dans sa voix, dans sa position, dans son regard ou au travers de la Force, il était évident que Jaana Fel ne mentait pas. Et il était évident qu'elle était effectivement sincèrement désolée et peinée, comme elle venait elle-même de l'admettre.

« Depuis bien des années maintenant, les Chevaliers Impériaux sont formés et combattent d'une manière bien différente de leurs frères Jedi, et nos méthodes exigent une loyauté sans faille qu'on ne peut exiger que d'un adulte en âge de faire ses propres choix, et absolument pas de la part d'un enfant. C'est cette particularité de notre Ordre qui nous pousse à ne pas entraîner les enfants – sauf cas à part comme l'a été le mien puisque vous le soulignez – mais ce qui pourrait passer pour une faiblesse est surtout un engagement à nos yeux : nous ne voulons pas mêler les enfants à cette guerre. Cette guerre qui les touche déjà – effectivement – mais cette guerre qui ne doit pas leur arracher leurs rêves et leur innocence pour autant. J'ai effectivement dû renoncer à ma propre jeunesse afin de pouvoir assumer le rôle qui est le mien, et ce renoncement est autant un devoir qu'un honneur s'il peut permettre à d'autres enfants de vivre comme des enfants. »

Longues explications que certains auraient pu trouver rébarbatives ou mensongères mais là encore, la jeune Monarque était extrêmement sincère dans ses propos. Fille de la lignée Fel, elle était moins une humaine qu'une Impératrice, mais elle savait combien tous ces sacrifices n'étaient pas vains s'ils pouvaient permettre de protéger son Peuple.

« Mais si nous vous autorisions à mettre sur pieds un tel dispositif de formation, cet engagement serait trahi. Et si nous vous autorisions à mettre sur pieds un tel dispositif de formation, il est également évident – continuons d'être honnêtes l'une avec l'autre, voulez-vous ? – que ces enfants seraient entraînés comme des Jedi … dans le but de devenir des Jedi. Et comme je viens de vous le dire, je refuse de sacrifier mes Chevaliers Impériaux pour vous permettre de repeupler les rangs de l'Ordre Jedi à nos dépens. Si les Sith sont à vos portes, ils sont également aux nôtres. »

Pas besoin de donner davantage d'explications concernant ces entraînements, Jaana n'insulterait pas Loes en lui expliquant combien leurs formations pouvaient être différentes et presque incompatibles. D'autant plus pour des enfants qui se retrouveraient ainsi embrigadés et apatrides, loin de Bastion mais très près d'Hapès …

« Par ailleurs, je tiens également à souligner que jamais l'Empire n'a forcé ses Sensitifs à embrasser la cause des Chevaliers Impériaux, et qu'il n'est donc pas rare que des enfants détectés choisissent – eux ou leurs familles en tout cas – de rejoindre les rangs des Jedi pour des raisons qui n'intéressent qu'eux et dans lesquelles nous ne nous ingérons pas. L'un de mes conseillers politiques – Monsieur Raan Raar – a d'ailleurs l'un de ses fils qui fait partit de vos rangs, et il n'a jamais eu à souffrir de ce choix d'aucune manière. »

Et, même si la jeune femme ne fit qu'offrir cette information sans davantage insister sur ses conséquences, elle trouvait tout de même que le bât blessait à ce sujet. Parce que si l'Empire avait toujours été absolument droit envers ses Sensitifs – leur laissant ainsi l'absolu choix de leur destin – l'attitude de l'Alliance Rebelle qui plaçait des Jedi sur les fronts de guerre tel des troupiers ou des mercenaires prêtait en revanche davantage à critique. De ces critiques que son interlocutrice n'était malheureusement pas prête à entendre vu ses amitiés.

« Et si ça peut également vous rassurer, apprenez que les Sensitifs qui sont détectés – que ce soit par des Chevaliers Impériaux, par des personnes travaillant au sein des Missions ou encore directement par leur famille ou par eux-mêmes – mais qui ne souhaitent s'engager au sein d'aucun Ordre ne sont pas non plus laissé à l'abandon, et nous leur offrons la possibilité de maîtriser au moins la base de leur don sans aucune contre-partie. »

Et en cela, ce dispositif aux allures désintéressées était unique au sein de la Galaxie, parce que là où un Sensitif Jedi devenait Jedi, un Sensitif Impérial pouvait très bien devenir mécanicien ou professeur, le tout en suivant une formation allégée afin de prendre conscience de l'étendue de son don comme de la Force elle-même.
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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Dim 27 Aoû - 12:34
Je sentis le trouble que mes mots suscitaient dans l'esprit de l'Impératrice, car il remplaça son irritation. Je ne creusai pas ce que je sentais, désireuse de ne pas envahir les pensées et les sentiments de la souveraine. Mon pouvoir d'Empathie commençait déjà à tisser la trame ténue d'un lien de Force, comme avec tous les sensitifs puissants avec lesquels j'avais l'occasion de discuter. Ce n'était presque rien, un simple fil que Jaana Fel pourrait briser d'un mouvement, si seulement elle pouvait en avoir conscience. Car je ne le sentais se former que parce que j'avais passé ma vie à m'entraîner pour percevoir les effets de mon don le plus finement possible, et ce n'était certainement pas le cas de l'Impératrice, qui laissait malgré ses barrières mentales ses sentiments couler le long du fil comme un mince filet d'eau, jusqu'à moi. Je ne pouvais pas en comprendre l'étendue, mais je les partageais en partie. Inquiétude, tristesse, agacement. Malgré ses airs assurés, sa rudesse en affaires, des émotions pénibles harcelaient la jeune femme qui cherchait à s'en protéger derrière le mur d'impassibilité que lui dictait le devoir.

La discussion n'avançait plus guère. Visiblement, Jaana Fel n'envisageait pas de ne pas pouvoir recourir à tout son arsenal contre l'Alliance, ce que je ne pouvais soutenir si les pouvoirs que nous leur offrions en faisaient partie. Nous pouvions toujours introduire une clause défensive, mais Force savait bien que tous les combattants avançaient toujours un motif juste, prétendaient réagir à une agression, hormis les Sith qui ne s'embarrassaient pas de justifier leur pouvoir par autre chose que leur puissance. Peu leur importait de mériter leur conquête : ils avaient conquis, ils tenaient de nouveaux systèmes, et libre à ceux qui le souhaitaient de les leur contester. Voilà pourquoi on ne négociait pas avec les Sith : jamais ils ne respecteraient le moindre traité. Seule la contrainte physique fonctionnait contre eux.

Il y avait un manifeste désaccord entre l'Impératrice et moi, mais je ne pouvais tolérer qu'il demeurât. Notre Ordre s'était mis à l'écart des affaires en ergotant toujours sur le contenu des accords, perdant de vue que le plus important était d'en conclure et de les entretenir. Je n'étais pas venue pour recruter des apprentis, ni pour obtenir un revirement diplomatique : pas si vite, pas comme ça. J'avais donné mes conseils à Plo pour parvenir à une trêve avantageuse avec l'Empire, à lui de les suivre. Après tout, l'Impératrice marquait un point en soulignant l'absence du Commandeur : je lui facilitais considérablement la tâche et il n'était pas certain que lui-même fît le quart des efforts que je fournissais à préserver la sûreté de son régime face à la puissance supérieure de l'Empire. D'un autre côté, à nous engager comme je le voulais avec des factions rivales, nous risquions fort de retomber dans notre travers attentiste, à ne vouloir fâcher personne et ainsi à décevoir tout le monde. À moins que nous nous assurions que ces deux-là fissent la paix, en gagnant leur confiance. L'important résidait là : chaque nouvel accord respecté entre l'Ordre et un autre régime renforçait la confiance que celui-ci nous témoignait. Je traînais derrière moi une réputation décevante que je devais effacer. Les Jedi, pour l'heure, devaient satisfaire les grands de cette galaxie, redevenir fiables et utiles aux yeux de tous, voire des figures d'autorité. Je ne pouvais remplir cet objectif qu'en concluant des traités, dussent-ils être favorables à l'Empire.


- Vous avez raison, Votre Altesse, en soulignant l'absence du Commandeur Tan'ith. Peut-être pourrions-nous envisager un accord tripartite une autre fois, en sa présence. Je vous remercie pour l'engagement que vous acceptez de prendre en notre faveur et en la faveur de ceux qui nous accueillent. Pour ce qui est de l'Alliance, pourrions-nous simplement mettre par écrit ce que vous venez de me dire ? Vous n'userez pas des pouvoirs que nous vous enseignerons en l'absence d'attaques avérées de l'armée alliée, mais vous pourrez vous en servir pour vous défendre le cas échéant. Et s'il faut fixer plus précisément ce qui relève de la défense, il s'agit d'une réaction à une agression, en proportion de cette agression, aux termes du droit intergalactique. Si l'un de vos sujets est la victime d'un attentat, vos Chevaliers pourront évidemment le défendre et riposter contre l'assaillant avec les pouvoirs que nous leur aurons confiés. De même, si l'un de vos systèmes est la cible d'un harcèlement constant provenant d'une même source, la mise hors d'état de nuire de cette source serait conforme aux cadres de notre accord. Pour les cas les plus complexes nécessitant interprétation de notre accord, nous en discuterons lorsqu'ils se présenteront. Bien sûr, ces clauses vous laissent libres d'user de tous les moyens dont votre Empire dispose sans les devoir à l'Ordre Jedi - vos flottes, vos armées, les pouvoirs de vos Chevalier qu'ils ne doivent qu'à votre enseignement - contre tous ceux que vous estimez être vos ennemis. Je ne me permettrais pas de vous dicter votre conduite. Je veille simplement à ce que les accords que nous concluons avec les autres ne soient pas compromis et contredits par celui que nous désirons passer avec vous, rien de plus.

Je n'exigeais rien de plus que ce que Jaana Fel n'avait déjà consenti par les mots. En un sens, je mettais sa sincérité à l'épreuve de la réalité. Entre m'assurer qu'elle n'irait pas attiser le conflit avec l'Alliance et le consigner dans un traité, il y avait un gouffre, et je lui demandais moins que ça encore. Qu'ils se cherchent querelle mutuellement si cela leur chantait ! C'était malheureux, mais je n'y pouvais rien. Pas pour l'instant du moins. Ce que je ne souhaitais pas, c'était qu'ils se battent avec les armes que nous leur fournissions généreusement – car, au fur et à mesure qu'avançait la discussion, notre enseignement devenait de plus en plus l'objet d'un don, et de moins en moins celui d'un échange. Si cela devait arriver, je voulais avoir les armes juridiques pour les blâmer publiquement et légitimement pour violation de traité, réaffirmer que nous étions capables de les punir, par exemple en coupant de la Force les contrevenants. Car si Alliance et Empire continuaient de se battre comme des ennemis et non seulement comme des rivaux, nul doute que d'un côté comme de l'autre quelques-uns de leurs Chevaliers finiraient par sombrer, et l'Ordre Jedi ne pouvait le tolérer. En ce cas, nous prendrions nos responsabilités et enverrions nos meilleurs agents pour arrêter ces Jedi Noirs, nous les jugerions et éventuellement les condamnerions, si leurs pairs n'étaient pas capables de le faire seuls. Il était hors de question que les querelles entre Empire et Alliance vinssent grossir les rangs des Sith.

- Pour ce qui est des enfants impériaux, Votre Majesté, je comprends votre refus, et vos raisons sont tout à votre honneur. Néanmoins, vous savez, et c'est bien pour cela que vous vous opposez à ce que nous formions les jeunes sensitifs, qu'on ne choisit jamais que ce qu'on a été conditionné à choisir. Un enfant élevé comme un Jedi aura de fortes chances d'en devenir un. Ceux qui ne le désirent pas sont tout à fait libres de repartir, mais c'est chose rare. De même, un patriote impérial se découvrant une sensibilité à la Force rejoindra très probablement les rangs des Chevaliers. C'est pourquoi j'aimerais, à terme, que vous nous autorisiez à venir convaincre des sensitifs qui ne désireraient pas rejoindre les vôtres qu'ils pourraient trouver enseignement, compréhension et utilité auprès de nous aussi. Une fois leur majorité atteinte, si tel est votre volonté. Mais j'ai parfaitement conscience que cette demande implique que vous nous fassiez confiance. C'est pourquoi je la réitérerai, mais plus tard, lorsque vous nous jugerez comme des alliés fiables, que nous aurons réussi à vous convaincre que contrairement à ce que vous pensez maintenant, vos portes sont aussi les nôtres. Car si les portes de votre Empire, Votre Majesté, venaient à céder, les hordes Sith qui s'engouffreraient dans l'ouverture nous emporteraient avec vous. Nous autres Jedi ne sommes pas vos sujets, mais notre destin dépend du vôtre et nous le savons.

J'espérai donner à Jaana Fel suffisamment de preuves de ma bonne foi pour conforter son estime pour les Jedi. Je voulais qu'elle ressente que, malgré nos difficiles négociations, nos disputes passées et à venir, nous étions profondément alliés, car la menace Sith planait sur nous tous. L'ennemi commun imposait une entente, et je refusais d'être la Maîtresse Jedi qui, par arrogance, aurait refusé cette entente sous prétexte que les termes en étaient un peu trop durs. Et après tout, si notre devenir dépendait de l'Empire, l'inverse se défendait difficilement. L'Empire Galactique pouvait survivre aux Jedi, cela ne faisait aucun doute, et les Maîtres qui m'avaient précédés l'avaient montré de manière éclatante. Ils avaient cessé de s'investir, et la galaxie avait continué de tourner sans nous.

- Aussi, Votre Majesté, je vous propose de cesser pour l'heure ces négociations et d'acter ce à quoi nous sommes parvenus pour le moment, afin que cet accord soit ratifié par votre Conseil et le nôtre le plus rapidement possible, et prenne effet. Si besoin, nous procéderons à des ajouts quand nous y serons tous prêts. Cela vous convient-il ?

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Jaana Fel
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Re: [+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
Ven 1 Sep - 23:55

« Je ne vois aucun soucis à ce que tout ceci soit mis par écrit afin que nous puissions signer ce traité sans tarder. Je ne m'avance et n'engage pas l'Empire à la légère, et je n'ai qu'une parole. »

Si signer ce traité si vite aurait pu déclencher quelques réticences, l'Impératrice sentit toutefois parfaitement bien au sein de la Force qu'elle avait su choisir les bons mots pour gonfler le patriotisme des personnes présentes, et elle ne pouvait que s'en féliciter. D'autant plus qu'au terme de cette bataille, elle-même se rendait bien compte qu'elle ne s’engageait finalement pas à grand-chose vu la rareté des Dons dont il était question … mais qu'au contraire, Loes de Walleron venait d'engager bien davantage les Jedi ! Parce que si jamais l'Alliance Rebelle venait à attaquer l'Empire Galactique et que le moindre Sensitif se tenait un jour parmi les rangs des belligérants – même relégué au rang de simple soldat ou simple pilote anonyme – Jaana Fel ne se gênerait alors pas pour demander des comptes à cet Ordre s'immisçant presque dans les affaires des Chevaliers Impériaux là où il était incapable de s'occuper de ses propres membres. Et quitte à parler des Chevaliers Impériaux …

« Mais quoi qu'il en soit, je crois que vous venez en fait de prononcer le mot juste : conditionné. Si vous conditionnez les enfants impériaux comme des Jedi et ce dès leur plus jeune âge, il est évident qu'ils deviendront eux-mêmes des Jedi. De même qu'il est évident qu'ils ne pourront jamais éprouver le moindre patriotisme – plusieurs années plus tard – alors que l'Ordre Jedi leur aura été présenté comme leur foyer. Mais encore une fois, concernant les adultes qui ne souhaitent pas rejoindre les rangs des Chevaliers Impériaux, ils ont et seront toujours libres de vous rejoindre s'ils le souhaitent. Certains l'ont d'ailleurs déjà fait, ce qui prouve bien que nous n'entravons les choix de personne. »

Non, l'Empire n'entravait pas son peuple, mais la jeune Monarque n'irait pas non plus jusqu'à pousser ses Sensitifs dans des bras rivaux par simple grandeur d'âme. En ces temps de guerre, l'altruisme était de toutes façons une denrée potentiellement dangereuse et qu'il fallait savoir doser afin de ne pas se mettre soi-même dans une très mauvaise situation.

« Mais comme vous venez de le mentionner, cet état changera peut-être un jour, lorsque nous aurons appris à mieux nous connaître et à mieux nous faire confiance, et il ne sera de toutes façons jamais trop tard pour en discuter à nouveau. Mais en attendant, cet accord va effectivement être mis par écrit, et vous l'aurez pour quitter Bastion … à moins que vous ne deviez repartir trop vite ? Ce n'est que l'affaire de quelques heures après tout, et je serais honorée de vous offrir l'hospitalité en attendant. »

Une proposition aussi sincère que symbolique, parce qu'elle signifiait ainsi que l'Impératrice ne fermait réellement pas la porte aux Jedi. Mais qu'elle attendait simplement que ces derniers aient su prouver qu'ils étaient dignes de confiance, et ce sur tous les points.
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[+158] Printemps de majesté [PV Jaana Fel]
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